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Né à Bab el Oued, le 8 mai 1938,
il a vécu toute son enfance et sa jeunesse dans ce qu'il
appellera « la bulle coloniale », ignorant complètement
le monde musulman qui l'entourait. De son propre aveu, même son
éducation chrétienne ne lui avait pas fait comprendre que
« l'Arabe était aussi (son) prochain ». La guerre
d'Indépendance de l'Algérie l'aidera à ouvrir les yeux, ainsi
que son entrée le 7 décembre 1958 dans un Ordre religieux
international, ouvert au débat, les Dominicains.
Il relatera ce parcours, quelques
semaines avant sa mort, dans une homélie prononcée à Prouilhe,
berceau de l'Ordre dominicain.
Jeune prêtre ordonné le 4 juillet
1965, il revient en Algérie le 5 juillet 1967 et se met au
service d'un Eglise qui a fortement changé depuis l'Indépendance :
dépourvue de fidèles locaux, l'Eglise d'Algérie, sous la
conduite éclairée du cardinal Duval s'est mise au service du
pays, œuvrant dans l'éducation, la santé, le développement.
Ayant appris l'arabe et surtout l'Algérie, par de nombreuses
amitiés, Pierre Claverie y apporte sa contribution comme
directeur du Centre diocésain des Glycines. Nommé à ce poste en
janvier 1973, il s'attelle avec Mgr Teissier à une réflexion théologique
sur « le sens de nos rencontres » : que signifie
la présence d'une Eglise qui ne cherche pas à convertir les
autres à soi mais à rendre un témoignage gratuit d'amour
fraternel.
Nommé évêque d'Oran le 12 mai
1981, il apporte une note originale au débat sur le
dialogue islamo-chrétien : partisan du parler vrai, il se méfie
de l'enthousiasme de surface des colloques et rencontres
officielles et préfère souligner « l'abîme qui nous sépare » :
le poids du passé, de la violence et des polémiques réciproques,
les préjugés mutuels rendent difficile une véritable mise en
présence et la rencontre de l'autre. Il y a beaucoup à faire
pour guérir la mémoire. Pragmatique, Pierre Claverie privilégie
alors les « plates-formes de rencontre et de service », lieux où l'on
travaille ensemble pour affronter les défis communs du monde. Il
fait alors du dialogue le cœur de sa démarche, comme il
l'exprime dans le texte La
foi est un dialogue.
- Une
voix dans la tourmente
Quand la violence s'empare du pays
au début des années 1990, cet homme est conduit tout
naturellement à prendre des positions publiques : ses analyses
sont claires et courageuses, enracinées dans de réelles
solidarités avec des Algériens et des Algériennes qui luttent
pour une Algérie plurielle et fraternelle. L'assassinat de l'élite
intellectuelle de l'Algérie mais aussi de milliers d'innocents le
touche au plus profond, au point de faire de lui une sorte de « résistant
» que rien et personne n'arrête. Ses textes vigoureux et chargés
de foi sont publiés au printemps 1996 sous le titre Lettres et
messages d'Algérie. A quelques semaines de sa mort, il résume
son message dans un texte lumineux, Humanité
plurielle : « On ne possède pas la vérité; j'ai besoin
de la vérité des autres ».
Aux
conseils de prudence, il répond que la mission de l'Eglise est de
se tenir sur « les lignes de fracture qui crucifient l'humanité
» : Islam/Occident, Nord/Sud, riches/ pauvres. A ses yeux, l'Eglise
est là à sa place, « car c'est en ce lieu seulement que peut
s'entrevoir la Résurrection et avec elle, l'espérance d'un
renouvellement de notre monde ». Pierre Claverie est assassiné
au cours de l'été 1996, en compagnie d'un jeune ami musulman. A
ses funérailles, les amis musulmans constituent la majorité de
l'assistance, pleurant comme leurs amis chrétiens celui que
certains considéraient alors un peu comme « leur évêque ».
Son témoignage est resté vivant dans le cœur de beaucoup,
attachés à une Algérie plurielle et fraternelle, comme l'a
montré le vibrant hommage qui lui a été rendu à Oran en juin
2006, dix ans après sa mort.
Bibliographie sommaire
Pour en savoir plus, lire de Pierre Claverie
- Pierre Claverie, Lettres et messages d'Algérie,
Paris, Karthala, 1996, 280 pp., (coll. Chrétiens en liberté).
- Pierre Claverie, Le Livre de la foi, Révélation
et parole de Dieu dans la tradition chrétienne,
Paris, Cerf, 1997, 144 pp.
- Pierre Claverie, Donner sa vie, six jours de retraite sur
l'Eucharistie,
Paris, Cerf, 2003, 120 pp.
- Pierre Claverie, Il est tout de même permis
d'être heureux, Lettres familiales 1967-1969.
Avant-propos et notes par Éric Gustavson, son beau-frère,
avec le concours de la sœur Anne-Catherine Meyer, op - Préface
par Jean-Jacques Pérennès, op, Paris, Cerf, 2003, 688 pp.,
(coll. Intimité du christianisme).
- Pierre Claverie,
Petit traité de la rencontre et du dialogue,
Paris, Cerf, 2004, 176 pp.
- Pierre
Claverie, Je ne savais
pas son nom. Mémoire d’un religieux anonyme. Présentation
par la sœur Anne-Catherine Meyer, op, Paris, Cerf, 2006, 192
pp., (coll. Epiphanie).
- Pierre
Claverie, Cette
contradiction continuellement vécue, Lettres familiales
1969-1975. Avant-propos et notes par Éric Gustavson, son
beau-frère, avec le concours de la sœur Anne-Catherine
Meyer, op - Préface par Jean-Jacques Pérennès, op, Paris,
Cerf, 2007, 800 pp., (coll. Intimité du christianisme).
- Pierre
Claverie, Humanité
plurielle. Présentation par la sœur Anne-Catherine
Meyer, op, Paris, Cerf, 2008, 336 pp., (coll. L’histoire à
vif).
Pour en savoir plus, lire sur Pierre Claverie
- Jean-Jacques
Pérennès, op, Pierre Claverie, un Algérien par alliance,
Paris, Cerf, 2000, 391 pp., (coll. L’histoire à vif).
Fraternité
Pierre Claverie – Paris - Juin
2008
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