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L’homme des Béatitudes
Pier
Giorgio est né à Turin en Italie en 1901. Son père, agnostique,
avait fondé le journal La
Stampa, sa mère était peintre. A l’école chez les jésuites,
c’est un jeune homme heureux et plein de santé, excellent
sportif.
Après l’école, il poursuit des études d’ingénieur. En
Italie, c’est le temps de la reconstruction après la première
guerre mondiale. La religion suscite peu d’intérêt. Pier
Giorgio est remarquable, il pratique l’eucharistie quotidienne.
Espiègle et farceur, ses amis le surnomment « Robespierre »
ou la « Terreur ». Tout en menant la vie d’un étudiant
d’université très travailleur, il constitue un groupe pour
discuter de la foi. En 1918 il rejoint la société de Saint
Vincent de Paul et passe beaucoup de son temps libre à aider les
malades et les démunis. Quand il obtient son diplôme, son père
lui donne le choix entre une voiture ou de l’argent. Il choisit
l’argent et le donne aux pauvres. Il trouve une chambre pour une
vieille dame expulsée de son logement, procure un lit à un
invalide ayant contracté la tuberculose, et
pourvoit aux besoins de trois enfants dont la mère était
veuve et malade.
En 1919, il adhère à la Fédération des étudiants
catholiques et au Parti Populaire qui soutenait l’enseignement
catholique. Sa demande était : « la charité ne suffit
pas, il faut des réformes sociales ». En 1922 il devient laïc
dominicain.
Sportif enthousiaste, il fait partie du centre des
activités étudiantes : sa grande passion est l’alpinisme.
Tout en cultivant une intense vie intérieure, Pier Giorgio milite
dans l’action Catholique. Il ne prêche pas aux gens, mais sa
bonté désintéressée, sa bonne humeur, sa gentillesse naturelle
et son souci des autres exercent une grande influence sur ses
compagnons. A la société de Saint Vincent de Paul, il est
toujours le premier volontaire pour toute sorte de travail,
donnant tout ce qu’il a. Sans le chercher, il est considéré
par beaucoup comme un guide spirituel. à
la fin de ses études, il exprime le vœu de devenir missionnaire
laïc et d’utiliser ses connaissances d’ingénieur dans
l’apostolat laïc. Il souhaite se marier, construire sa propre
famille et rêve de fonder un foyer pour les déshérités et les
personnes âgées à Turin. Cela ne pourra se réaliser.
Jeune homme, il séjourne dans la maison de Karl Rahner.
Celui-ci écrira sur le jeune étudiant italien qui l’a beaucoup
influencé. Pier Giorgio, « incarnait le jeune homme pur,
heureux et beau, adonné à la prière, enthousiaste pour tout ce
qui était libre et beau, intéressé par les problèmes sociaux,
et qui avait à cœur tout ce qui touchait l’Eglise et son
destin… un Chrétien, simplement, et aux manières absolument
spontanées, avec une spontanéité qui le portait vers tout le
monde. Il avait la force et le courage de ses convictions… :
Dieu existe, la prière nous soutient, l’Eucharistie nourrit ce
qui est éternel en nous, nous sommes tous frères et sœurs…il
devint un chrétien rayonnant, un catholique pratiquant, sans pour
autant dire « amen » à toutes les traditions ecclésiastiques,
plein de zèle apostolique, toujours prêt à aider son prochain
d’une façon concrète. Rien de tout cela ne s’expliquait par
son milieu familial, ni par l’ambiance culturelle et religieuse
de l’époque… Ici nous percevons d’une façon mystérieuse
que l’action de la grâce de Dieu n’est pas prévisible. Ici
tout à coup voilà un chrétien dans un environnement qui le fait
paraître comme un phénomène d’un autre temps… Son travail
particulier, son amour des pauvres, son sens des responsabilités
devant le malheur des autres étaient si innés et si profonds,
tellement imprégnés de l’esprit de sacrifice que cela faisait
de lui une exception parmi tous les jeunes chrétiens de son époque…
Peu en effet auraient été capables de considérer encore de leur
devoir de s’occuper des pauvres, souffrant eux-mêmes des
tourments de la mort dus à la poliomyélite. »
Pier-Giorgio est, à la vérité, un étudiant moyen.
Au collège, il remet toujours ses examens à plus tard. Les
lettres de sa mère sont souvent des réprimandes. Puis il passe
des nuits à travailler, épuisé par le manque de sommeil.
C’est toujours le même refrain. On l’accuse de gaspiller son
temps, d’être entêté, de se coucher sans comprendre ce
qu’il fait. Ni son père ni sa mère ne comprennent leur fils.
Leur mariage n’était pas heureux et leurs relations étaient en
train de se dénouer.
Marianne Cerutti, une pauvre femme qui cirait les
planchers à la Stampa tançait son père à cause de son incompréhension
pour son fils. Marianne, une socialiste révolutionnaire,
connaissait beaucoup de choses à propos de la vie secrète de
Pier Giorgio. Elle savait dans quelles maisons il allait, alors
qu’il lui disait en riant qu’il allait voir ses « conquêtes ».
Elle savait le réseau des bonnes œuvres qui l’accaparaient à
travers la ville. L’étude n’était qu’une partie de sa
journée et bien qu’il la considérait comme son premier devoir,
il ne s’y mettait qu’après avoir passé un temps considérable
avec les pauvres, suivi une session de la conférence Saint
Vincent de Paul ou passé une nuit en adoration. La messe
quotidienne et la communion étaient la respiration de sa vie.
Quand un ami lui demandait pourquoi il faisait des études d’ingénieur
alors qu’il voulait être missionnaire, il répondait que sans
aptitudes professionnelles il ne pourrait pas être un apôtre
efficace.
Sous les apparences souriantes de l’étudiant d’université
toujours en mouvement, se dissimulait la vie prodigieuse d’un
chrétien engagé dans une société qui était indifférente et
parfois même hostile à l’Eglise. Jean-Paul II pense que la vie
de Pier Giorgio trouvait son sens dans les paroles de saint Pierre :
« Sanctifiez le Christ
comme le Seigneur de votre cœur. Soyez toujours prêts à rendre
compte de votre espérance à qui vous interroge ». 1,
Pierre, 3, 15.
Mon modèle est
Savonarole : le 28 mai 1922, dans l’église Saint-Dominique, illuminée pour la fête
du saint, il rejoint les
laïcs dominicains et prend le nom de Jérôme en hommage à son héros
personnel, le prédicateur et réformateur dominicain, Savonarole.
A quelqu’un qui le félicite sur ce nom il répond : « puissé-je
l’imiter dans le combat et dans les vertus ! ».
Il partage cet enthousiasme avec un ami qui veut suivre son
exemple « Je suis si heureux que vous vouliez faire partie de la grande
famille de saint Dominique… Ce nom (Jérôme) rappelle une
figure qui m’est chère comme à vous sans doute qui partagez
les mêmes sentiments que moi à l’encontre des morales
corrompues : celle de frère Jérôme Savonarole, dont je
porte le nom bien indignement. Je suis un fervent admirateur de ce
frère qui mourut comme un saint sur le bûcher. En devenant laïc
dominicain, je voulais le prendre pour modèle, mais je suis bien
loin de lui ressembler ».
Juste avant de recevoir son diplôme d’université en juin
1925, Pier Giorgio est atteint de poliomyélite. Sa maladie coïncide
avec celle de sa grand-mère et passe inaperçue. Quand le
diagnostic est fait, il est trop tard. La veille de sa mort, la
main paralysée, il gribouille quelques mots à un ami à propos
d’injections pour un étudiant pauvre nommé Converso, et
demanda à sa sœur de s’occuper des familles qu’il aidait.
Il meurt bien jeune à l’âge de vingt-quatre ans. Sa
charité envers les autres se nourrissait dans l’Eucharistie,
dans les nuits d’adoration, les lettres de saint Paul, en
particulier sa fréquente méditation sur la Charité dans 1
Corinthiens 13, et par les écrits de Catherine de Sienne. Il
aimait le Rosaire et le disait trois fois par jour après son entrée
dans le laïcat dominicain.
Jean-Paul II, lors de
la béatification : « Pier Giorgio est aussi l’homme de
notre siècle, l’homme moderne, l’homme qui a beaucoup aimé…
un maître à suivre… Avec lui l’Evangile devient solidarité
accueillante, recherche intense de la vérité, aussi bien
qu’engagement exigeant pour la justice. Prière et
contemplation, silence et fréquentation des sacrements, donnent
la tonalité et la substance à ses apostolats variés et à sa
vie entièrement vivifiée par l’Esprit de Dieu… Il aura marqué
notre siècle… Son amour de la beauté et de l’art, sa passion
pour le sport et les montagnes, son attention aux problèmes de
société n’ont pas fait obstacle à sa relation avec
l’Absolu. Entièrement immergé dans le mystère de Dieu, et
totalement dévoué au service constant de son prochain. »
Bernard Galinou, laïc
dominicain, fraternité Lacordaire, Lyon
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