|
Duncan McLaren commence à travailler à 12 ans, à 24 ans il
monte sa propre affaire à Edimbourg en Ecosse et, par la lecture
et la fréquentation de conférences, il supplée à son absence
d’instruction. Fort en affaires, il entre en politique. Il fait
campagne pour l’abrogation des Lois sur le Blé, et pour l’éducation
des pauvres. Libéral, il soutient les intérêts des classes liées
à l’industrie en croissance ainsi que les besoins des couches
modestes. Il réussit à mettre en place un système d’école
libre à Edimbourg.
Agnès est le premier enfant de son second mariage. Duncan
est toujours là pour la famille et il est guérisseur à sa manière.
Quand l’un des garçons se met à bégayer et que cela empire,
son père l’appelle un jour. Maintenant,
fils, je vais te soigner de ton bégaiement. Ouvre la bouche et
tire la langue. Duncan sort un crayon en or de sa poche, le
pose sur la langue de son fils et dit : maintenant
va-t-en, tu ne bégaieras jamais plus. Le bégaiement ne
revint jamais. Quand on le questionnait, Duncan disait à sa femme :
C’est simplement la foi.
Agnès grandit dans une maison où l’on fait grand cas de
la justice sociale. Une famille où l’on parle politique, et
Duncan et son épouse encouragent la discussion. Duncan est
presbytérien et sa femme quaker, avec une longue tradition
d’engagement social. Cela fait un foyer intéressant.
En grandissant, Agnès s’engage dans le combat pour la libération
des femmes. Sa sœur veut être admise comme étudiante en médecine
à Edimbourg mais est refusée. Des femmes en médecine, c’est
considéré comme un scandale ! Les besoins des femmes
pauvres conduisent Agnès sur le même chemin. Impossible en
Grande-Bretagne, elle cherche à s’inscrire comme étudiante en
médecine en France. Elle fait sa demande à l’Université de
Montpellier et est acceptée. Elle loge chez les sœurs
franciscaines, va à la messe tous les matins avec elles et en
1878 obtient son diplôme de médecine à Montpellier et à
Dublin. Elle retourne en France pour pratiquer la médecine et est
reçue dans l’Eglise en Novembre 1898, à 51 ans.
Se souvenant d’un couvent dominicain en ruines en Ecosse,
elle se met à lire des ouvrages sur l’Ordre et son rétablissement
en France par Lacordaire. Elle entend parler des sœurs
dominicaines de Béthanie à Montferrand fondées par le Père
Lataste, O.P., et décide d’aller les visiter.
Béthanie s’inspire de la fondation de Dominique à
Toulouse pour les filles travaillant sur le trottoir. Agnès sent
que c’est là la réalisation de son rêve d’aider les femmes
en difficultés. Elle visite Rome, rencontre le Maître de
l’Ordre, le Père Cormier, et est reçue comme laïque
dominicaine.
A 68 ans, la vie vient juste de commencer pour Agnès
McLaren. A travers un contact avec Mill Hill à Londres, la
condition des femmes pauvres en Inde et l’absence de femmes médecins
deviennent sa nouvelle préoccupation. Elle s’inspire de
Catherine de Sienne et de son travail au Grand Hôpital de Gênes.
Ses efforts la conduisent à aider à l’ouverture d’un hôpital
à Rawalpindi (près de l’actuelle Islamabad au Pakistan).
A soixante-dix ans, Agnès prend le bateau pour l’Inde et
se lançe dans tous les problèmes liés au fonctionnement d’un
hôpital de mission. Elle frappe aux portes et écrit des lettres
pour demander de l’aide. L’urgence est de trouver des sœurs
expérimentées en médecine et chirurgie afin de répondre aux
besoins des femmes.
Le droit canon doit être changé ! Comme Dominique, Agnès
fait le siège des hommes d’Eglise et du Saint Siège. Elle fait
six visites à Rome pour demander avec passion ce changement,
refusant d’accepter un « non » comme une réponse.
En 1912, consciente de son âge et sentant la maladie venir,
Agnès comprend que ses jours sont comptés et que son espoir chéri
à savoir l’établissement de missions médicales pour les
femmes, restera inaccompli. La Providence la conduit à Anna
Dengel à qui elle communique son inspiration. La future
fondatrice des Sœurs Missionnaires Médicales va réaliser le rêve
de d’Agnès. Agnès meurt en 1913, le désir de son cœur bien
transmis à d’autres mains.
Bernard Galinou, laïc
dominicain, fraternité Lacordaire, Lyon
|