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Les Laïcs dominicains sont comme un sac rempli d’un mélange
de saints et de pécheurs. Voici l’histoire de Jonathan Nobles.
Lors de la fête de Notre Dame du Rosaire, le 7 octobre 1998,
Jonathan Nobles fut exécuté par injection létale à la prison
de Huntsville, Texas. Jonathan était un laïc dominicain essayant
de suivre Jésus selon l’esprit de Saint Dominique.
En 1986, Jonathan, alors âgé de 25 ans, adonné à la
drogue, tua à coups de couteau deux jeunes femmes et blessa grièvement
Ron Ross. Un crime horrible pour lequel il fut condamné à mort.
Il fut déclaré coupable presque uniquement à partir de sa
propre confession. Jamais il ne réfuta quoi que ce soit durant
son procès. Il resta assis impassible tandis que le verdict le déclarant
coupable était proclamé, et il n’eut qu’un léger
tressaillement lorsque le juge le condamna à la peine de mort.
Quand il arriva à la prison d’Ellis il se tint rapidement à
l’écart des gardiens et des autres prisonniers. Aussi étrange
que cela paraisse, c’est dans cet environnement particulièrement
inhumain à notre monde civilisé que Jonathan se mit à changer.
Dans la prison de Huntsville Jonathan se convertit et entra
dans l’Eglise. Un groupe de onze jeunes gens présent lors de
son admission dans l’Eglise étaient membres de la fraternité
Saint Martin de Porrès. Grâce à eux il s’intéressa aux laïcs
dominicains et fut reçu dans leur fraternité en 1989. En 1991 il
fit son engagement définitif et contribua à l’entrée
d’autres prisonniers dans le laïcat dominicain. Il développa
une profonde dévotion au Rosaire et à Catherine de Sienne.
Pendant huit ans Jonathan fut un guide spirituel dans le
couloir de la mort, partageant la Bonne Nouvelle avec ceux qui
subissaient comme lui la sentence de mort. Il fut le parrain au
baptême de Cliff Boggess, un do-détenu de prison. Plus tard il
servit la messe célébrée la veille de l’exécution de Cliff
Boggess. Il encourageait ses compagnons à expérimenter la parole
de Dieu dans les Ecritures, invitait les autres à assister à la
célébration de l’Eucharistie. Il aimait l’Eucharistie et
invitait les non-catholiques à se présenter pour recevoir une bénédiction
au moment de la Communion.
Pendant dix ans Steve Earle, le musicien « country »,
correspondit avec Jon qui lui demanda d’être témoin à son exécution.
Dix jours avant cette date Steve vint visiter Jonathan. Jonathan
demanda pardon et réconciliation à tous ceux à qui il avait
fait du mal et dont il avait pris la vie, et il souffrit de ne
pouvoir se réconcilier personnellement avec toutes les victimes
concernées.
Trois mois avant sa mort, il apparut à la télévision et
fit don de ses reins « Je veux faire quelque chose de bon
avant de mourir ». Cinq jours avant son exécution le frère
Chris Eggleton rendit visite à Jonathan. Ils prièrent et parlèrent
ensemble pendant plusieurs heures. Jonathan raconta son histoire
et partagea avec lui quelques-uns de ses poèmes, parla aussi de
sa dévotion à Marie, au Rosaire et à Saint Dominique, de sa
passion « enflammée » pour la prédication et de son
travail pour la conversion des autres. Chris décrit sa visite :
Jonathan plaça ses mains à plat sur la paroi de plexiglas
qui nous séparait et je plaçai mes mains contre les siennes…
nous priâmes ainsi tour à tour.
Jonathan rencontra Mgr Carmody alors qu’il célébrait la
messe pour les prisonniers. Il demanda à l’évêque d’être
l’un des témoins à son exécution. « J’ai dit que je
serai là avec lui, et une promesse donnée est une dette non
encore payée… Je voulais être sûr de tenir ma promesse »
Jonathan jeûna le jour de son exécution. Quand on lui
demanda ce qu’il désirait pour son dernier repas il dit qu’il
aimerait recevoir l’Eucharistie. Il l’appela sa « nourriture
spirituelle » pour le « voyage de retour » à la
maison.
Les
funérailles furent célébrées à Saint Thomas une heure après
que Jonathan fut déclaré mort. Jonathan fut enterré avec
l’habit dominicain, Mgr Carmody célébra la messe avec
d’autres. Jonathan avait choisi les lectures et les hymnes.
Quelques jours après sa mort, Chris Eggleton reçut une lettre de
Jonathan écrite la veille de sa mort.
Je prie Notre Seigneur
qu’il vous bénisse, que son Esprit repose sur vous ; vous
remplissant de véritable paix et de joie. Je regrette beaucoup de
ne pas pouvoir partager plus de temps avec vous sur cette terre ou
même dans cette lettre. Cependant soyez assuré que je prierai
pour vous dans le ciel avec Dominique, Marie et toute notre
Famille Dominicaine.
Bernard Galinou, laïc
dominicain, fraternité Lacordaire, Lyon
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