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est en Avignon lorsque Grégoire XI
quitte cette ville pour Rome le 13 septembre 1376. Elle n’a eu
de cesse que la papauté retrouve son siège romain et a multiplié
les interventions en ce sens. Cependant on sait que Grégoire XI dès
son élection a manifesté son désir de regagner Rome, que
Brigitte de Suède (+ 1373) est déjà intervenue auprès de lui-même
et de ses prédécesseurs et l’on peut s’interroger sur
l’influence personnelle de Catherine dans cette décision. Les
sources ne permettent pas d’élucider totalement cette question
sauf à affirmer qu’elle n’a pas ménagé ses efforts auprès
des papes et des plus hautes personnalités politiques et
religieuses en faveur de la paix en Italie et de la réforme de
l’Eglise pour lesquelles elle jugeait le retour des papes à
Rome indispensable.
La biographie de Catherine de
Sienne s’appuie sur des ouvrages hagiographiques dont il est
difficile de dégager les faits historiques, telle la Legenda
major, rédigée, par Raymond de Capoue (1391), mais aussi sur
ses propres écrits. 382 Lettres ont été conservées,
mais sans dates avec des données éparpillées, les éléments
factuels et chronologiques ayant été le plus souvent supprimés
par les hagiographes. Parmi les nombreux destinataires, des
dirigeants politiques, religieux et le pape lui-même auxquels
Catherine n’hésite pas à écrire. Le Dialogue et les Oraisons
nous renseignent plutôt sur sa spiritualité même s’il est intéressant
de relire sa première oraison écrite en 1376 à Avignon alors
qu’elle est en pleine action apostolique ou les suivantes tandis
qu’elle est à Rome, en pleine crise de l’Eglise.
Elle a incontestablement eu un
engagement public très intense. Fille d'un teinturier de Sienne,
avant-dernière d'une famille de 25 enfants, elle serait née en
1347. Elle a à plusieurs reprises des visions, la première en
1352 à Sienne. Elle aurait, dès cette époque, fait vœu de
virginité. Elle semble avoir mené ensuite la vie de toutes les
jeunes filles siennoises de son époque, mais à la mort de sa sœur
Bonaventura (1362), et malgré l'opposition de ses parents qui la
confinent à la maison, elle mène une vie d'ascèse et de
mortifications et entre chez les Mantellate*.
C’est alors qu’elle s’invente sa cellule intérieure*. Après
l'expérience des épousailles mystiques elle met fin à sa vie de
recluse (1368) et acquiert peu à peu une grande influence à
Sienne et au-delà, jouant un rôle de médiatrice dans les
nombreux conflits à l'intérieur des cités et entre cités ;
elle appartient à l'équipe dirigée par Raymond de Capoue que le
pape charge en 1375 de prêcher la Croisade. Elle soigne des
pestiférés à Sienne et est elle-même atteinte de la peste
noire. Elle reçoit à Pise (1375) les stigmates, invisibles, et y
aurait eu une vision concernant le schisme. Il est possible
qu’elle ait écrit alors sa première lettre à Grégoire XI
(fin 1375). Elle y plaide pour que le pape, qui doit nommer de
nouveaux cardinaux, choisisse des hommes de vertu. Déçue par les
nominations, elle écrit à nouveau. Elle est ensuite chargée
d’une médiation officieuse entre Avignon et Florence frappée
d’interdit par la suite d’un conflit entre la cité et le
pape. De là elle écrit encore au pape lui demandant de nommer
des pasteurs qui soient « pères des pauvres ne cherchant
que l’honneur de Dieu et le salut des âmes ». Elle
insiste aussi pour que le pape revienne à Rome. C’est dans ce
contexte qu’elle se rend en Avignon avec des membres de sa famiglia*.
Elle y arrive le 18 juin 1376 et est reçue en audience en
compagnie de Raymond de Capoue par Grégoire XI, qui quittera
Avignon le 13 septembre. La présence de Catherine a peut-être
donné le coup de pouce nécessaire à un départ plusieurs fois
reporté depuis son élection. Elle-même regagne l’Italie mais
par une autre route. Malgré les représentations montrant
Catherine aux côtés de Grégoire XI entrant officiellement à
Rome le 17 janvier 1377, elle n’y est pas, absorbée alors par
la fondation d’un éphémère monastère.
Cependant les hostilités perdurent
dans les Etats pontificaux. Catherine écrit à nouveau à Grégoire
XI, le suppliant de mettre son autorité au service de la réforme
de l’Eglise plutôt que d’en user contre les Florentins. Elle
intervient aussi à Sienne où elle n’est pas épargnée par la
critique. Au début de 1378 elle accepte un mandat politique et
ecclésial et se rend à Florence sous interdit depuis un an et
demi. Le climat y est tel qu’elle comprend vite qu’aucune négociation
de paix ne peut réussir. Elle poursuit cependant sa mission
tandis que se déroulent des émeutes sanglantes qui constituent
une menace pour sa propre vie. Entre temps Urbain VI succède à
Grégoire XI, mort le 27 mars 1378. Napolitain, il représente un
compromis entre les partisans d’un pape romain et ceux d’un
pape français. Catherine se réjouit de cette élection mais
comprend vite que le pape n’est pas favorable à des négociations
de réforme et de paix. Elle lui écrit plusieurs lettres, vers la
fin juin 1378, dans lesquelles elle traite de justice et de miséricorde
comme inséparables des gouvernements temporel et spirituel de
l’Eglise et incite une nouvelle fois à nommer des cardinaux en
vue de la réforme. Elle continue à soutenir Urbain VI après l'élection
de Clément VII qui ouvre le Grand Schisme. En juillet,
l’interdit est levé à Florence et Catherine revient à Sienne.
C'est pendant cette période dramatique qu'elle aurait dicté, en
état d'extase, Le Dialogue.
Convoquée ensuite à Rome, elle y arrive le 28 novembre avec les
membres de sa famiglia. Une maison lui est fournie qui lui
sert de chancellerie. Elle y entreprend une correspondance en vue
d’établir la légitimité d’Urbain VI et de rallier à sa
papauté. Elle écrit de nombreuses lettres à toutes sortes de
personnages impliqués dans le schisme, tandis que le conflit armé
entre les deux papes s’aggrave. Sa santé décline rapidement ce
qui ne l’empêche pas de se rendre chaque jour à Saint-Pierre
dans l’atrium de la basilique où se trouvait la mosaïque de la
navicella de
Giotto. Elle offre sa vie en martyre pour l’Eglise et invite par
lettre Raymond de Capoue à se consacrer lui aussi tout entier
« au vaisseau de la sainte Eglise ». Elle aurait reçu
sur ses épaules la navicella de l’Eglise croulant sous
les divisons et le péché et aurait été elle-même écrasée
sous son poids. Elle meurt le 29 avril 1380.
Canonisée en 1461, Catherine de
Sienne est proclamée docteur de l’Eglise par Paul VI en 1970 et
copatronne de l’Europe par Jean-Paul II en 1999.
* Famiglia,
sorte de « fraternité ambulante », d’hommes et de
femmes des milieux les plus divers. Raymond de Capoue futur maître
de l’Ordre des prêcheurs, confesseur de Catherine (1374-1380)
est chargé de sa direction spirituelle.
*Mantellate :
du nom du manteau noir porté par les membres de l’Ordre de la Pénitence
du bienheureux Dominique ou encore Tiers Ordre. Laïcs, ils
ne prononcent pas de vœux, mais ils épousent le charisme
dominicain. On les trouve dès le début de l’ordre dans une
organisation très libre. La première règle date de 1285.
*Cellule intérieure : lieu de la contemplation
que Catherine invente lorsqu’elle est privée de sa
chambre et confinée chez ses parents. La première phrase du Dialogue
résume bien la spiritualité de cette contemplative dans
l’action : « S'élevant
au-dessus d'elle-même, une âme anxieuse d'un très grand désir
de l'honneur de Dieu et du salut des âmes, après s'être exercée
un certain temps à la vertu, habitant par habitude la cellule de
la connaissance de soi, pour mieux connaître la bonté de Dieu même,
parce qu'après la connaissance suit l'amour, cherche en aimant à
suivre la vérité et à s'en revêtir ».
Référence bibliographique
« Ne dormons plus il est
temps de se lever » Catherine de Sienne (1347-1380),
sous la direction d’Elisabeth Lacelle, Ed. du Cerf, Fides, 1998
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